Le deuxième événement, c’est le fameux suicide télévisé de Yukio Mishima, cet acte effectué dans les règles du rituel du seppuku, après que Mishima ait appelé l’armée à se révolter contre ce qu’il considérait comme un régression de la culture japonaise, a complètement bouleversé le peuple japonais, et a trouvé écho chez beaucoup d’intellectuels étrangers.
A partir de là, ce que l’on peut appeler « l’angura » est apparu, sous diverses formes ; la création de la danse contemporaine butô, l’apparition d’une bande dessinée qui n’était plus uniquement du divertissement mais aussi de l’art à part entière avec le magazine Garo, la création de deux troupes de théâtre de rue menées par deux poètes rivaux Terayama Shûji et Kara Jûro, les œuvres subversives des graphistes Tadanori Yokoo ou Saeki Toshio, la musique de J.A Ceasar ou des groupes de «proto metal » Flied Egg ou Flower Travelin’ band (« to name a few » comme dirait l’autre), tout ceci contribua à une effervescence de créativité encore jamais vue, dans ce qui n’était ni de l’art au sens conventionnel du terme, ni de la culture populaire, et qui paradoxalement était les deux.
La figure de Terayama Shûji, poète radical ayant grandit avec un père mort de ses blessures après la seconde guerre mondiale, et une mère l’ayant abandonné alors qu’il n’était âgé que de seulement dix ans, est probablement la plus représentative de l’époque dans le sens où il a collaboré, pour ses films, pour ses pièces de théâtre avec la troupe Tenjou Sajiki, avec la plupart des artistes pré cités.
Nourri par le surréalisme français, le théâtre de Genet, le genre ero-guro et la culture populaire des bas quartiers de Tôkyô, Terayama n’aura de cesse de faire appel aux talents extérieurs.
C’est ainsi que l’on peut voir des peintures du dessinateur Hanawa Kazuichi dans le film « Den’en ni shisu », le graphiste Tadanori Yokoo réalisera des affiches pour ses pièces, il écrira des paroles pour la chanteuse pop Tsutsui Mari mais surtout pour Carmen Maki, il co-écrira un album avec le chanteur folk Agata Morio pour l’acteur Yamaya Hatsuo….
Ce touche à tout de génie est l’icône de cette génération et de cette culture, et c’est aussi le meilleur chemin à arpenter pour quiconque a envie d’appréhender l’underground japonais des années 70.
Car non seulement son œuvre est incontournable, mais en plus, elle met en avant ce qui justement fait la différence entre un artiste japonais et un artiste occidental de cette époque.
Terayama ne voulait pas utiliser le théâtre pour un discours politique, mais il voulait que la politique, plaçant l’art au dessus de tout, s’aligne sur le théâtre.
Une posture individualiste radicale dans un pays ou l’esprit de groupe est très souvent prioritaire.
Maintenant, après cette présentation succinte où des noms ont forcément été oubliés, il convient d’en revenir au fameux terme « angura kei » employé pour désigner certains groupes visual, et qui est totalement galvaudé ; et ce, pour deux raisons :
-premièrement, les japonais ne l’utilisent pas, et en parlant à des fans japonais avertis de visual kei, ils ne comprendront pas de quoi il est question. (Il convient de préciser que la mini scène tournant autour de Cali≠Gari est appelée par certains japonais « Chikashitsu kei », en référence aux soirées « Tôkyô Chikashitsu » ou l’on pouvait retrouver, donc, Cali≠Gari , entouré des autres pointures que sont Guru guru Eigakan ou Inugami Circus dan).
-deuxièmement, depuis les années 70, il y a eu, notamment dans le punk ou la new wave, beaucoup de groupes à avoir utilisé cet univers pour agrémenter leur musique, Cali≠Gari et les autres groupes considérés comme étant « angura kei » n’étant donc ni précurseurs, ni des cas uniques.
Donc que faut-il retenir de tout ça ?
Et bien, tout d’abord que manger des boulettes de viande avec les doigts de pied, c’est pas pratique.
Ensuite qu’il existe bien un nom pour définir le style dans lequel officient les Cali≠Gari & co, c’est tout simplement le visual kei : comme Malice Mizer utilise une vision curieuse de la France (entre autre) comme base à son univers visuel, Cali≠Gari utilise l’underground des années 60/70 et le genre ero guro (qui est encore autre chose, même si des similitudes sont bien sûr au rendez-vous).
Et considérer le groupe comme étant un groupe avant tout visual kei est la meilleure manière de l’appréhender, tant Cali≠Gari n’aura eu de cesse de questionner le genre, sur le fantastique album « Dai 6 jikkenshitsu » par exemple.
Je me permettrai donc de conclure en disant que les appellations, existant à la base pour y voir plus clair, auront été, dans ce cas précis, l’arbre qui cache la forêt, et un arbre planté sur un fumier de mauvaise qualité…mais c’est sur le fumier que poussent les plus belles roses, donc j’en appelle à la passion des gens qui auront appris quelque chose au court de ces humbles lignes et qui aiment l’univers des groupes visual dont il était question, et leur propose d’explorer cet univers japonais qui est vraiment celui qui illustre le plus la contre-culture de ce pays pas comme les autres, le mot de la fin revenant à mon ami Jean François Porry (tu me le rends quand mon slip J.F. ?) « quand on est le dernier dans la vie, on doit être le premier dans ses rêves ».
Texte : Thierry Champion, qui rêve de vivre dans les égouts avec les tortues ninja.
Pour des raisons de droit nous n'avons pu publier les dessins et photos qui illustrait ce dossier.
jeudi 10 janvier 2008
Angura kei : partie 2
Posté
Tanja
à
09:46
Tags : angura kei
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3 comments:
merci merci merci et encore merci!!! d'abord pour l'article bourré d'infos qu'on ne risque pas de trouver sur le premier site qui vient, et ensuite pour avoir cité Tadanori Yokoo!!! ça fait tellement longtemps que je cherche son nom! je l'avais complètement oublié alors que j'suis de ses travaux mine de rien ^//^
A noter qu'au japon ils utilisent aussi le terme "shironuri kei" pour cette scène "néo angura". Shiro pour blanc, nuri pour peindre/peinture, référence aux visages des membres de tous ces groupes (guruguru, dagashi kashi, dokutero, shinjuku gewalt etcetc) peinturlubés en blanc.(et qui montre d'ailleurs encore une fois le fort lien génétique avec le théatre avant-gardiste du tenjou sajiki and co (pour ceux qui ont vu des films/pièces/photos)).
A part ça, ça manque de références/liens pour les interessés, notamment:
un petit livre sur la scène théatreuse et artistique angura
un livre sur shuji terayama et son oeuvre
Evidemment vous parlez tous anglais ^^
Et bien, merci à vous deux, pour une fois que je me fais pas renvoyer chier en parlant de ces trucs, ça fait plaisir.
Steph a raison, j'aurais pu indiquer ces liens, des livres tout à fait valables pour se plonger dans cette culture.
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